Affaire Assalé Tiémoko : quand la parole devient un « crime d’État » en Côte d’Ivoire

Imprimerie nationale : Assalé Tiémoko désavoué

Le 22 avril 2026 restera une date sombre pour la liberté d’expression en Côte d’Ivoire. Assalé Tiémoko Antoine, maire et figure publique, a subi un interrogatoire de quinze heures à la Préfecture de police d’Abidjan. Cette épreuve a conduit l’élu à deux malaises cardiaques successifs, nécessitant son transfert d’urgence à l’Institut de cardiologie. C’est sur son lit d’hôpital, sous perfusion, qu’il a été officiellement placé en garde à vue.

Le motif de cet acharnement ? Une simple interview où il aurait évoqué une rencontre avec l’opposant Laurent Gbagbo. Pour le journaliste Touré Moussa, cet épisode ne relève pas d’une erreur de procédure, mais d’une stratégie délibérée visant à transformer tout dialogue politique dissident en infraction pénale. En mobilisant l’appareil judiciaire pour une déclaration médiatique, l’État envoie un signal clair : la neutralité ou l’ouverture vers l’opposition sont désormais des lignes rouges.

Une répression systématique des voix citoyennes

L’affaire Tiémoko n’est que le sommet d’un iceberg répressif documenté par les organisations internationales. De « Carton Noir », condamné pour avoir filmé un racket policier, à Olivier Tambour, écopant de trois ans de prison pour ses traits d’humour sur la gouvernance, la liste des citoyens inquiétés s’allonge. Qu’il s’agisse de dénoncer la corruption locale, des scandales environnementaux comme le remblai de la lagune Ébrié, ou d’exercer le droit de grève, chaque prise de position publique semble mener au mandat de dépôt.

Les chiffres confirment cette dérive : la Côte d’Ivoire a reculé de onze places au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2025. Le dernier rapport d’Amnesty International dénonce un « espace civique rétréci méthodiquement ». Face à cette atmosphère de surveillance, où un simple « j’aime » sur les réseaux sociaux peut conduire en cellule, le silence apparent de la population ne doit pas être confondu avec de l’indifférence. Dans un pays où s’exprimer est devenu un sport extrême, le mutisme des Ivoiriens est avant tout une stratégie de survie.

𝙋𝙖𝙧 𝙏𝙊𝙐𝙍𝙀́ 𝙈𝙤𝙪𝙨𝙨𝙖

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